Les instruments
Le Centre du Patrimoine de Facture Instrumentale (CPFI – Musiques du Monde) conserve, valorise et fait vivre depuis 1997 une exceptionnelle collection de 3 000 instruments de musiques du monde acquise par la Ville du Mans. Collectés sur tous les continents, ces instruments sont réunis dans un espace où le public peut les expérimenter et les manipuler.
On m’avait appris au Conservatoire que la musique requérait une sorte de qualité objective, et en premier lieu la justesse. Or, dès mon premier voyage en Afrique, durant l’automne 1957, j’ai découvert des musiques qui n’étaient pas justes, même dans leur échelle propre, mais qui étaient d’une très haute qualité artistique. On m’avait appris que la polyphonie était née à Paris avec l’école de Notre-Dame, et je découvrais des musiques polyphoniques extrêmement complexes, à cinq parties indépendantes, et tellement ancrées dans les traditions que, sans être écrites d’aucune manière, étant même improvisées, elles étaient d’une grande rigueur. Mon premier voyage en Afrique, avec les Jeunesses Musicales, a été suivi d’une vingtaine d’autres. Ce qui m’a frappé, au cours de ces innombrables voyages, c’est l’extraordinaire invention des hommes en matière d’acoustique musicale, de facture instrumentale notamment. Aux instruments hautement sophistiqués qui sont les nôtres, qui requièrent un apprentissage long, difficile et peu valorisant, j’opposais sur le terrain l’existence d’instruments sans doute plus précaires, pas forcément moins raffinés, mais de pratique extrêmement plus directe, plus physique et c’est cela qui m’a intéressé en particulier. J’avais constaté que les enfants, attirés par les instruments, avaient un rapport simple, spontané, direct et particulièrement efficace avec ceux-ci, comme s’ils les attiraient de manière magnétique, les fascinaient et leur dictaient la manière de s’en servir, ce que ne fait pas un instrument de nos traditions.
Maurice Fleuret




