Centre du Patrimoine de la Facture Instrumentale
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samedi 6 septembre 2008, par Bernard
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EN AVANT, LA MUSIQUE !

En milieu rural, faire vivre la musique

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Les percussions africaines

Toutes ces activités préparent, accompagnent et prolongent le travail spécifique mené avec les intervenants du CPFI. Quatre séances ont été inscrites dans le projet. La première, assez générale, permet la prise de contact et la découverte d’instruments à percussion divers. Les trois suivantes, très rapprochées, sont consacrées à la fabrication d’un instrument de percussion africain particulier, la sanza, et à son utilisation. Deux animateurs du CPFI sont venus à l’école avec des instruments de percussion africains. Cette solution a été préférée à un déplacement au Mans dans les locaux du CPFI pour des raisons d’économie de temps et d’argent. Dans un premier temps, il s’est agi d’une découverte guidée des différents instruments à travers l’identification des matières utilisées : bois, bambous, peau de chèvre, cuivre... Chaque instrument a été nommé, situé sur la carte qui est toujours au mur, et inscrit dans son contexte géographique et sociologique. C’est ainsi que plusieurs instruments sont apparus comme des variantes liées aux ressources locales en matériaux. Chaque instrument a aussi été présenté à travers son utilisation. Les élèves qui avaient travaillé l’an passé sur les structures Baschet ont tout de suite identifié les djembés et ont su montrer comment on les utilise. Mais devant certains instruments plus insolites, la réflexion a été nécessaire : comment peut-on l’utiliser ? Ainsi, l’animateur a fait circuler dans le groupe plusieurs exemplaires d’un même instrument, mais de différentes tailles, un instrument surprenant avec une sorte de structure en bambous assez fins sur laquelle viennent se fixer deux bambous plus larges et en partie découpés . Comment peut-on obtenir un son avec cela ? Les élèves ont cherché par tâtonnements et ont fini par découvrir que cet instrument doit être secoué, tout en étant bien maintenu à un endroit choisi. Il s’agit d’un geste précis. Qu’est-ce qui fait que le son varie d’un exemplaire à l’autre ? La taille de la caisse de résonance, bien sûr... Les mots nouveaux, les principes généraux ont été soigneusement consignés et affichés dans la classe. Des photos ont été prises. Il faut en effet faire partager cette aventure aux correspondants une classe de CP d’une commune voisine qui, en retour, les tient au courant de son élevage d’insectes et aussi aux parents : il faut emmagasiner les documents pour la journée de fin d’année. Cette activité s’inscrit dans une sensibilisation régulière. Un instrumentarium a pris place dans la classe, avec les instruments qu’on a habituellement dans les établissements : tambourins, maracas... plus un djembé et des hochets achetés cette année et quelques instruments apportés par des élèves, flûte, guitare... C’est dans la continuité de cette première rencontre que s’inscrit la réalisation de sanzas, lamellophones des pianos à pouces africains, qui portent le nom de l’ethnie qui les fabrique avec des calebasses et des végétaux.

Des sanzas ""maison"

Entre temps, les élèves auront pu réaliser d’autres instruments, plus simples, comme le tambour-pot de fleur, en s’appuyant sur des fiches techniques simples, puis en jouer. D’autres fabrications, aux frontières entre le technique et l’artistique, sont mises en chantier : pour Carnaval, chaque élève va réaliser un masque africain, en s’inspirant de l’un ou l’autre des contes africains comme Boabonbon de Satami Ichikawa , présentés dans des albums dont les illustrations peuvent être source d’inspiration, imitées ou détournées... Ce travail va s’appuyer sur des activités autour de la symétrie, par pliage. Des masques africains, un conte africain, des instruments africains : autant d’éléments convergents qui peuvent déboucher sur un spectacle où les sanzas pourraient créer l’atmosphère. La réalisation des sanzas va prendre deux jours. L’intervenant, l’institutrice et une maman ne seront pas de trop pour encadrer ce travail dans de bonnes conditions. En effet, le souhait de l’institutrice (et des enfants) est que chacun puisse fabriquer son instrument, ce qui est la condition d’une meilleure appropriation de la musique. Tout le monde en est convaincu, mais les calebasses qui servent normalement de caisses de résonance sont rares, il va donc falloir fabriquer des vraies petites caisses de bois. C’est sans doute l’institutrice qui s’en chargera. L’intervenant aura lui-aussi préparé un certain nombre de pièces que les élèves de CP ne peuvent réaliser sans risque, comme les rayons de vélo qui, aplatis, serviront de lamelles.

Des temps de formalisation

Tout au long de la réalisation, des photos seront prises des différentes étapes. Ce sera un travail de les ordonner, de les légender pour les afficher et les envoyer aux correspondants. Cela fournira également une bonne occasion pour mettre a posteriori un peu d’ordre et de vocabulaire sur des actions réalisées dans l’urgence et peut-être dans un désordre, au moins apparent. Un enregistrement vidéo pourra aussi servir à reformuler les différentes opérations et les difficultés rencontrées. Ce sera aussi le moment de rédiger la fiche technique de la sanza pour les parents, les correspondants qui voudraient se lancer dans la fabrication. L’enseignante restera garante des consignes liées à la vie de la classe et aux apprentissages technologiques visés (connaissance des matériaux, techniques d’assemblage... ). Mais c’est l’intervenant qui pilotera, en tant qu’expert, la fabrication elle-même, avec ses contraintes techniques : il faut que l’instrument soit "jouable". La dernière séance avec l’intervenant sera consacrée à des productions sonores intégrant les sanzas créées et qui pourront être réinvesties (à condition qu’elles soient mémorisées et/ou enregistrées) pour la réalisation présentée aux parents en fin d’année. D’une manière générale, le souci est constant d’inscrire cette action dans la durée et de l’ouvrir sur l’extérieur. Un concert a été donné dans la salle polyvalente, par une école de musique d’une commune voisine. Les enfants se sont montrés très intéressés, attentifs et curieux. Dans le prolongement du travail avec le CPFI, le voyage traditionnel de fin d’année mènera la classe à Montoire, où les élèves pourront participer à des ateliers de découverte des musiques du monde au Musée-spectacle de la musique, un des rares endroits dans la région (avec le CPFI) où l’on propose ces découvertes actives. Pendant les vacances de Pâques, l’enseignante ira négocier ces activités avec les responsables, pour qu’elles soient en harmonie avec leur année musicale, Lin point d’orgue.

Propos recueillis par M. COUPRY auprès de N. GOMBERT, Professeur des écoles Source ECHANGER n° 57 juin 2002, Education Nationale, académie de Nantes Professeur des écoles